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Talents 10/08/2026

Contester une assemblée générale de copropriété : le mode d’emploi

L’assemblée générale a voté contre vous. Travaux que vous jugez inutiles, dépenses disproportionnées, décision qui vous lèse personnellement, résolution que vous estimez illégale : vous voulez contester. L’action est possible, mais elle est encadrée par des conditions strictes : qualité du contestant, motif valable, délai très court, procédure précise. Voici les quatre points à vérifier avant d’engager la procédure, dans l’ordre où ils se posent.

par Fabrice DI FRENNA

▸ Point 1 / Avez-vous la qualité pour agir ?

Tout copropriétaire ne peut pas contester n’importe quelle résolution. L’article 42 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1965 limite l’action aux opposants et aux défaillants.

L’opposant. C’est le copropriétaire qui a voté contre la résolution. Pour avoir cette qualité, deux conditions doivent être réunies : avoir été présent ou représenté à l’AG, et avoir exprimé un vote « contre » sur la résolution litigieuse. Une abstention ne confère pas la qualité d’opposant. Un vote « pour » la résolution non plus.

Le défaillant. C’est le copropriétaire qui n’était ni présent ni représenté à l’AG. Son absence lui ouvre la possibilité de contester, sans avoir voté.

Point de vigilance : la qualité s’apprécie résolution par résolution. Un copropriétaire peut être opposant à une résolution (votée contre) et acquiescent à une autre (votée pour). Seules les résolutions auxquelles il s’est opposé, ou auxquelles il a été défaillant, sont attaquables par lui. Le procès-verbal qui précise nominativement le sens du vote est donc une pièce maîtresse du dossier.

 

▸ Point 2 /  Avez-vous un motif valable ?

Tous les motifs ne se valent pas. La jurisprudence classe les vices en deux familles principales.

Les vices de forme. Ils touchent la régularité du processus de l’assemblée. Les plus fréquents : convocation envoyée moins de 21 jours avant l’AG (article 9 du décret du 17 mars 1967), pièces justificatives manquantes pour une résolution (devis, contrat, comptes), résolution non inscrite à l’ordre du jour, défaut de notification du procès-verbal, vice dans la désignation du bureau de séance, calcul de majorité erroné. Un vice de forme entraîne le plus souvent l’annulation de la résolution concernée. Parfois de l’AG entière si le vice est massif (par exemple : convocation irrégulière).

Les vices de fond. Ils touchent le contenu même de la décision. Trois grands cas : décision contraire à la loi ou au règlement de copropriété, dépassement de la compétence de l’AG (par exemple, une AG qui statuerait sur les parties privatives), abus de majorité (résolution adoptée dans le seul intérêt de la majorité et contraire à l’intérêt collectif des copropriétaires). L’abus de majorité est exigeant à démontrer : il faut prouver que la décision n’a aucune justification rationnelle au regard de l’intérêt commun et qu’elle nuit délibérément à la minorité.

Point de vigilance : le « je ne suis pas d’accord » n’est pas un motif juridique. Une décision majoritaire qui vous déplaît mais reste dans la légalité et dans l’intérêt collectif n’est pas attaquable. La contestation ne réécrit pas l’AG ; elle sanctionne une irrégularité.

 

▸ Point 3 / Êtes-vous dans le délai de deux mois ?

C’est le verrou le plus dur. L’article 42 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1965 impose, à peine de déchéance, un délai de deux mois pour introduire l’action.

Le délai court à compter de la notification du procès-verbal de l’AG, et non de la tenue de l’AG. C’est la différence qui fait perdre la moitié des dossiers : si le syndic a notifié le PV deux semaines après l’AG, vous avez deux mois à partir de cette notification, soit en pratique deux mois et demi après l’AG.

Inversement, si le procès-verbal ne vous a jamais été notifié (notification absente, incomplète ou non probante), le délai n’a pas commencé à courir. Vous restez en droit d’agir tant que la notification n’est pas régulièrement intervenue.

Point de vigilance : la déchéance est automatique, et le tribunal la soulève d’office. Passé le délai, le dossier ne se plaide pas, il s’arrête. Conserver la preuve de la date de notification (LRAR, accusé de réception) est donc impératif.

 

▸ Point 4 / Comment se déroule la procédure ?

La contestation se porte devant le tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble. Devant cette juridiction, la procédure est écrite et la représentation par avocat est obligatoire en application de l’article 760 du Code de procédure civile, sans condition de seuil financier pour ce type de contentieux.

Trois étapes structurent l’instance :

  • L’assignation. Acte délivré par commissaire de justice (ex-huissier) au syndicat des copropriétaires (représenté par le syndic), exposant les motifs de la contestation et les demandes (annulation de la résolution, annulation de l’AG, dommages-intérêts éventuels).
  • L’instruction et l’audience. Échange d’écritures entre avocats, communication des pièces (procès-verbal, convocation, règlement de copropriété, états financiers), éventuelle expertise judiciaire si la contestation porte sur des aspects techniques ou comptables, plaidoirie.
  • La décision et ses suites. Le tribunal rend un jugement qui peut annuler la résolution, l’AG entière, ou rejeter la demande. Un appel est possible dans un délai d’un mois suivant la signification du jugement. L’annulation a un effet rétroactif : la résolution est réputée n’avoir jamais existé, ce qui peut imposer à l’AG de rejouer un nouveau vote, parfois plusieurs mois après.

 

▸ Les pièges les plus fréquents

Confondre le délai à compter de l’AG et le délai à compter de la notification. C’est le plus fréquent. Le tribunal n’a aucune marge d’appréciation : passé deux mois après notification, c’est terminé.

Contester en tant que copropriétaire qui a voté pour. Sans qualité, l’action est irrecevable, le dossier ne sera pas examiné au fond.

Avancer un motif faible. Une procédure coûte. Avant d’engager une contestation, le motif doit être identifié, documenté, juridiquement solide. Un « ça me semble injuste » ne tient pas devant un juge.

Sous-estimer le coût et le temps. Une contestation peut durer 12 à 24 mois en première instance, plus 12 à 24 mois en appel le cas échéant. Pendant ce temps, la décision reste applicable sauf à demander la suspension à titre conservatoire (démarche elle-même longue et incertaine).

 

▸ Comment SDA Avocats vous accompagne

Nous intervenons à trois moments :
– analyse préliminaire du procès-verbal et du dossier d’AG pour évaluer la qualité, le motif et le délai ;
– rédaction de l’assignation et conduite de la procédure devant le tribunal judiciaire ;
– défense, à l’inverse, du syndicat des copropriétaires quand celui-ci est attaqué.

Le cabinet accompagne régulièrement des copropriétaires, des conseils syndicaux et des syndics professionnels.

 

▸ Une décision à contester  ou à défendre ?

30 minutes avec nous permettent d’évaluer la solidité du dossier et l’opportunité d’engager la procédure. Prenez rendez-vous avec notre Cabinet.

 

Par Me Fabrice Di Frenna, avocat associé

 

Cet article présente une information générale. Il ne constitue pas un conseil juridique adapté à une situation particulière. Pour une analyse de votre cas, consultez un avocat.

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